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Giulia SALVATORI
Du mariage d'Annie et Renato
à la naissance de Giulia...

Le mariage, enfin !

Elle tourne, elle tourne, Annie ! On la demande, elle répond toujours présent. Entre les tournages, entre les voyages, elle s'arrête. Jamais pour très longtemps. Elle repart. Aussi rapide que son rythme de parole. Fatiguée, crispée, écrit-on. Une nature, plutôt, qui dépasse le talent et atteint le spectateur. Elle apprécie le confort et les inventions modernes mais regrette le temps où l'on mettait un mois entier pour aller à Nice en diligence ! Annie, c'est la nervosité quand la fatigue s'accumule, c'est aussi vouloir toujours faire ce qui lui plaît et s'inquiéter sans cesse pour tout. Elle n'a pas assez confiance en elle mais elle veut tout. Elle voudrait être la Jeanne de Bernard Shaw mais aussi tellement d'autres personnages.

Elle s'avoue sensible aux critiques quand elles sont mauvaises mais elle les accepte si elles concernent son travail, pas si elles attaquent sa vie privée. Le métier de comédienne lui paraît terriblement absorbant ; tout est toujours à recommencer, on n'est jamais sûr de rien. Encore le caractère angoissé d'Annie que l'on retrouve au théâtre sous son expression légendaire et qui tient en quatre lettres : le trac. A chaque entrée en scène, elle est tendue, frémissante. Et comme après chaque représentation, elle ressort de scène vidée. Elle a été parfaite. Elle a tout donné.

En décembre 61, Jours de France consacre sa couverture à Annie. Le titre est éloquent : " Je me marie ! ". Ceux que Jean Cocteau appelait "Les fiancés de Pâques et de la Trinité" se retrouvent, à repousser sans cesse le jour de leurs noces, sous l'appellation des "mariés de Noël". Cette fois, on parie sur la période hivernale du 15 décembre au 15 janvier. Si possible la veille de Noël. Tout est choisi. Les témoins, les invités, le contrat, la mairie, l'église. La mairie sera celle du XVI° arrondissement de Paris. L'église a été choisie à Rome, face aux arènes du Théâtre Marcello : l'église du Campidoglio. Il ne reste qu'à saisir une bonne fois cette date de mariage qui semble s'échapper aussitôt qu'on en parle. En Parisienne bien ordonnée, Annie a déjà fait imprimer les faire-part destinés à la famille, aux amis, aux relations. Seule restera à écrire la fameuse date fuyante !

" Ouf ! Enfin ! ", s'écrie Ciné Revue. Car Annie et Renato, les "fiancés terribles du cinéma", ont enfin échangé leur destin. Nous sommes le 6 janvier 1962 à Paris. Luchino Visconti et Christian Marquand, témoins des mariés, jettent du riz porte-bonheur sur le jeune couple. Les quelques intimes invités ont ensuite rejoint les mariés à Feucherolles, qui distribuaient des dragées aux enfants du village accourus pour partager leur bonheur.

Annie peut maintenant évoquer les premiers plans qu'elle avait eu à tourner avec Renato sur le tournage de Rocco. Une scène où, à moitié dévêtue, étendue sur le lit d'une chambre sans éclat, elle devait échanger quelques baisers avec cet inconnu qui ne lui fut présenté qu'après le tournage de la scène ! Elle peut avouer maintenant cet étrange sentiment éprouvé presque sur-le-champ, au point de penser que la vie sans lui ne serait plus possible. Mais n'est-ce pas ce que l'on appelle le coup de foudre ? Sa flamme non déclarée, Annie passe donc par des moments de nervosité indescriptible, jalouse du moindre coup de téléphone que reçoit Renato ! C'est pendant les extérieurs de Rocco, à Bellagio, que Renato fait part de ses sentiments à Annie. Là, tout change. Tout, à commencer par elle-même. On la disait autoritaire, égoïste, n'ayant pour seul désir que de devenir une grande actrice, ne visant que sa réussite. La rencontre avec Renato a tout changé. Annie s'est métamorphosée.

La place des Vosges devient un hôtel de transit pour les époux Salvatori. Annie a complètement dompté Rome et sa maison de la via Tribuna dei Campitelli qu'elle court retrouver chaque fois qu'il lui est possible. Un nom de rue imprononçable pour notre jeune Française à l'accent hésitant. Devant l'incompréhension répétée des chauffeurs de taxi, Annie suit le conseil de Renato : elle écrit l'adresse sur un morceau de papier et la fait lire au chauffeur... La maison italienne paraît grande avec ses cinq étages mais elle est très étroite, seulement deux pièces par étage, un étage pour chaque fonction : l'étage d'Annie, l'étage de Renato, l'étage avec les chambres d'amis, l'étage-salle de séjour et, au premier, les gardiens de la maison. A Rome, Belmondo fait partie des intimes. Jeanne Moreau vient leur rendre visite à chacun de ses séjours en Italie. Mastroianni, Alberto Sordi, Vittorio Gassman et Anna Magnani sont des invités très appréciés. Annie, en cette année 1962, ne croit plus qu'en l'amour et à la vie. Elle observe avec admiration son amie Edith Piaf qui remonte sur scène après une période de maladie dont les médecins disaient qu'elle ne se remettrait jamais. Vitalité, volonté. A chacun son miracle. Pour Annie, il s'appelle Renato.

Le 4 juillet 1962, naît Giulia, fille d'Annie et de Renato. Un enfant de l'amour, ô combien !, de la passion. Dans leur belle maison de la Piazza Campitelli, ils ont fait installer une jolie nurserie pour leur fille. Ils attendent le moment où Giulia fera ses premiers pas et où ils pourront l'emmener au bord de la mer, à Torre San Lorenzo, dans cette chaumière insolite que fit construire Luchino Visconti à 43 kilomètres de Rome. Quand Annie Girardot évoque aujourd'hui les événements de 1962, c'est toute la personnalité de Renato qui apparaît, et les relations singulières qui égrèneront les années 1960-70 pour le couple Salvatori : "Un beau jour, crac, je suis enceinte. On en a parlé, reparlé, débattu. Finalement on a décidé de se marier. Pourquoi pas. Les formalités ont duré sept minutes et demie. Ca l'a tellement frappé, il s'est senti tellement piégé que, la cérémonie à peine bouclée, il a disparu. Je n'ai plus entendu parler de lui pendant un mois !".

(Texte déposé - Droits réservés)

 

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